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Méthode CAP® (Control Attitude Program)

Les biais cognitifs et les heuristiques au cœur des mécanismes émotionnels

Pourquoi notre cerveau utilise-t-il des heuristiques et des biais cognitifs ? Découvre les recherches scientifiques et leur rôle dans la méthode CAP®.

Publié le
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12 min de lecture
Olivier Pairon présente son livre Le Guide Thérapeutique : 100 Biais Cognitifs devant une salle d'une trentaine de personnes.

« Nous pouvons être aveugles à l'évidence, et nous sommes également aveugles à notre propre aveuglement. »

Daniel Kahneman, psychologue et prix Nobel d'économie 2002, Thinking, Fast and Slow (2011). Traduction française.

Une femme inquiète regarde son téléphone sur un canapé, en attendant une réponse à son message.

Et si ton cerveau ne te montrait pas toujours la réalité telle qu'elle est ?

Imagine que tu envoies un message à une personne que tu apprécies. Plusieurs heures passent sans réponse.

Tu commences à te poser des questions. Est-elle contrariée ? A-t-elle perdu tout intérêt pour toi ? As-tu dit quelque chose de déplacé ?

Tu ressens peut-être de l'inquiétude, de la tristesse ou de la colère.

Pourtant, que sais-tu réellement ? Une seule chose : cette personne n'a pas encore répondu à ton message.

Tout le reste relève, pour le moment, de ton interprétation.

Notre cerveau ne se contente pas d'enregistrer les informations qui l'entourent. Il les sélectionne, les organise, les compare à nos expériences et leur attribue une signification.

Pour comprendre ce fonctionnement, découvrons deux phénomènes fascinants : les heuristiques et les biais cognitifs.

Pourquoi notre cerveau utilise-t-il des raccourcis mentaux ?

Notre cerveau est un organe particulièrement actif. Alors qu'il représente environ 2 % de notre poids corporel, il mobilise près de 20 % de l'énergie consommée par notre organisme au repos.

Cette proportion remarquable a notamment été étudiée par Marcus Raichle et Debra Gusnard en 2002, dans leur publication scientifique Appraising the Brain's Energy Budget.

Une grande partie de cette énergie permet de maintenir l'activité des neurones, les communications entre les cellules nerveuses et les mécanismes biologiques indispensables au fonctionnement cérébral.

Mais notre cerveau doit également traiter une quantité considérable d'informations.

Imagine si tu devais analyser consciemment chaque décision de ta journée : choisir tes vêtements, traverser une rue, reconnaître un visage, répondre à une question ou décider quoi manger.

La moindre journée deviendrait une succession interminable de raisonnements.

Pour fonctionner efficacement, notre cerveau utilise notamment des stratégies simplifiées qui permettent de limiter la quantité d'informations à examiner et l'effort cognitif nécessaire.

Ces stratégies portent un nom : les heuristiques.

Elles permettent souvent de simplifier les raisonnements, d'accélérer les décisions et de mobiliser moins de ressources attentionnelles.

Attention toutefois à une distinction importante : réduire l'effort cognitif ne signifie pas nécessairement réduire de manière mesurable la consommation énergétique globale du cerveau.

Les heuristiques : quand réfléchir moins permet parfois de décider mieux

Une heuristique est une stratégie cognitive simplifiée qui permet de prendre une décision ou de formuler un jugement sans analyser toutes les informations disponibles.

Imagine que tu cherches un restaurant dans une ville inconnue. Deux établissements se trouvent devant toi. Le premier est vide, le second accueille de nombreux clients.

Tu choisis le second en supposant qu'il doit être meilleur.

Tu viens d'utiliser une heuristique. Tu as retenu un indice facilement accessible pour prendre ta décision.

Un homme passe devant un restaurant vide et une terrasse pleine, dans une rue pavée.

En 2011, les chercheurs Gerd Gigerenzer et Wolfgang Gaissmaier publient Heuristic Decision Making dans l'Annual Review of Psychology.

Leurs travaux apportent un éclairage passionnant : une décision fondée sur moins d'informations n'est pas nécessairement moins bonne.

Dans certaines conditions, les heuristiques peuvent même produire de meilleurs résultats que des stratégies d'analyse plus complexes.

Pourquoi ? Parce que multiplier les informations peut parfois introduire du bruit, compliquer le raisonnement ou conduire à accorder trop d'importance à des détails peu pertinents.

L'efficacité d'une heuristique dépend donc notamment de son adéquation avec l'environnement dans lequel elle est utilisée.

Notre cerveau n'a pas toujours besoin de tout analyser pour prendre une bonne décision.

Les biais cognitifs : quand nos jugements s'orientent sans que nous en ayons conscience

Un biais cognitif est une tendance systématique de notre pensée à privilégier certaines informations, interprétations ou conclusions, parfois au détriment d'une évaluation plus objective de la situation.

Ces biais peuvent influencer notre attention, nos souvenirs, nos raisonnements et nos décisions, sans que nous en ayons nécessairement conscience.

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, ils ne concernent pas uniquement les personnes qui manquent de connaissances ou d'esprit critique. Ils font partie du fonctionnement cognitif humain et peuvent influencer chacun d'entre nous.

En 1998, le psychologue Raymond Nickerson publie dans la revue Review of General Psychology une importante synthèse scientifique intitulée Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises.

Ses recherches mettent en évidence notre tendance à rechercher ou à interpréter certaines informations d'une manière qui favorise nos croyances et nos attentes préexistantes.

Prenons un exemple.

Tu es convaincu que ton responsable ne reconnaît jamais ton travail. Lorsqu'il formule une critique, tu y vois immédiatement la confirmation de cette conviction. En revanche, lorsqu'il te félicite, tu considères que ce compliment est simplement une formule de politesse.

Une femme bras croisés écoute un homme qui s'adresse à elle pendant une réunion professionnelle.

Progressivement, tu risques de construire une représentation de la situation qui ne tient pas compte de l'ensemble des informations disponibles.

Mais le biais de confirmation n'est qu'un exemple parmi de nombreux biais cognitifs.

Le biais de négativité peut nous conduire à accorder davantage d'importance à certaines expériences désagréables qu'à des expériences positives comparables.

L'effet de halo peut nous amener à généraliser une impression favorable concernant une personne à d'autres caractéristiques que nous ne connaissons pas réellement.

Le biais rétrospectif peut nous donner l'impression, après un événement, que nous avions toujours su ce qui allait se produire.

Ces phénomènes illustrent une caractéristique essentielle de notre fonctionnement cognitif : nous n'interprétons pas toujours les informations uniquement en fonction de ce qu'elles nous apprennent, mais aussi en fonction de ce que nous savons, croyons ou attendons déjà.

Cela ne signifie pas que nos perceptions sont systématiquement erronées. Cela signifie simplement qu'elles peuvent être influencées par des mécanismes que nous ne reconnaissons pas spontanément.

Et lorsque ces interprétations concernent notre sécurité, nos relations, notre image personnelle ou notre avenir, elles peuvent également participer à notre expérience émotionnelle.

Pourquoi les biais cognitifs existent-ils ?

Les biais cognitifs n'ont pas une origine unique.

Certains apparaissent lorsque des stratégies de jugement simplifiées sont utilisées dans des situations auxquelles elles sont mal adaptées. D'autres peuvent être liés à nos attentes, nos motivations, notre mémoire, nos apprentissages ou nos croyances.

Une autre explication intéressante provient de la psychologie évolutionniste.

En 2009, Martie Haselton et ses collaborateurs publient Adaptive Rationality: An Evolutionary Perspective on Cognitive Bias.

Ils explorent l'idée que certaines tendances systématiques du jugement pourraient s'expliquer par les conséquences différentes de certaines erreurs.

Imagine que tu marches dans une forêt et que tu aperçois une forme sombre dans les hautes herbes.

Tu peux croire à tort qu'il s'agit d'un animal dangereux et t'éloigner inutilement.

Mais tu peux également considérer qu'il n'y a aucun danger alors qu'un prédateur est réellement présent.

Les conséquences de ces deux erreurs sont très différentes.

Un randonneur inquiet se retourne vers une forme aux yeux lumineux dans les fourrés d'une forêt.

Dans certaines conditions, privilégier l'interprétation la plus prudente pourrait donc présenter un avantage adaptatif, même si cela entraîne davantage de fausses alertes.

Cette approche, associée à la théorie de la gestion des erreurs, propose une explication évolutive de certains biais. Elle ne signifie pas que tous les biais seraient des adaptations biologiques.

Ce que nous considérons aujourd'hui comme une erreur de jugement peut parfois résulter d'une stratégie qui présente des avantages dans d'autres circonstances.

Notre cerveau cherche à comprendre, mais aussi à confirmer ce qu'il croit savoir

Notre cerveau utilise nos expériences, nos connaissances, nos souvenirs et nos croyances pour donner du sens aux situations que nous rencontrons.

Sans ces connaissances préexistantes, nous devrions constamment réapprendre à interpréter le monde.

Mais ce fonctionnement présente une particularité fascinante : nous pouvons privilégier les informations qui correspondent à ce que nous croyons déjà.

C'est notamment ce que Raymond Nickerson examine dans sa publication Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises, consacrée au biais de confirmation.

Imagine que tu sois convaincu qu'un collègue ne t'apprécie pas.

Un matin, il passe devant toi sans te saluer. Tu interprètes immédiatement ce comportement comme une preuve de son hostilité.

Quelques jours plus tard, il te propose spontanément son aide. Pourtant, tu accordes peu d'importance à ce geste.

Tu as retenu l'information qui confirmait ta croyance et minimisé celle qui pouvait la contredire.

Un homme bras croisés regarde un collègue passer dans un couloir sans le saluer.

Progressivement, cette sélection peut renforcer une conviction sans que celle-ci repose sur une évaluation complète des faits.

Notre cerveau ne cherche cependant pas exclusivement à confirmer ses croyances. Il est également capable de reconnaître les contradictions, d'apprendre et de réviser ses interprétations.

Nous consacrerons prochainement un article à cette question : comment se construit une croyance, comment se renforce-t-elle et pourquoi devient-elle parfois difficile à remettre en question ?

Quel rôle jouent les biais cognitifs dans nos émotions ?

Revenons à notre message resté sans réponse.

Le fait observable est identique, mais plusieurs interprétations sont possibles.

Tu peux penser que la personne t'ignore volontairement et ressentir de la colère.

Tu peux imaginer qu'elle ne t'apprécie plus et ressentir de la tristesse.

Tu peux aussi envisager qu'elle soit simplement occupée et poursuivre tranquillement ta journée.

La situation extérieure n'a pas changé. En revanche, le sens que tu lui attribues est différent.

Cette relation entre interprétation et émotion a notamment été étudiée par le psychologue Richard Lazarus.

En 1991, dans Progress on a Cognitive-Motivational-Relational Theory of Emotion, il développe une théorie dans laquelle l'évaluation de la signification personnelle d'une situation joue un rôle central dans l'expérience émotionnelle.

Selon cette approche, nos émotions dépendent notamment de la manière dont nous évaluons une situation au regard de nos besoins, de nos objectifs et de notre relation avec notre environnement.

Cette évaluation peut être rapide, automatique et ne pas nécessiter de réflexion consciente.

Il serait toutefois réducteur de prétendre que toutes nos émotions résultent d'un raisonnement conscient ou que leur fonctionnement suit toujours une succession rigide d'étapes.

Les processus cognitifs, émotionnels et physiologiques interagissent de manière complexe.

Éclairage et solution de la méthode CAP® (Control Attitude Program)

C'est dans cette compréhension des mécanismes émotionnels que s'inscrit la méthode CAP® (Control Attitude Program).

Son modèle D.E.R.A. propose une lecture pédagogique de ce qui se produit entre une situation vécue et l'attitude que nous adoptons.

Il distingue le Déclencheur (D), les Biais et Interprétations (B/I), l'Émotion (E), la Réaction physiologique (R) et l'Attitude (A).

Le déclencheur correspond à un événement ou à une situation.

Les biais et interprétations peuvent influencer le sens que nous attribuons à cet événement.

L'émotion correspond à l'expérience émotionnelle associée.

La réaction désigne les manifestations physiologiques et biologiques, notamment celles impliquant le système nerveux autonome.

L'attitude correspond à la manière dont nous nous positionnons et agissons face à la situation.

Dans la réalité, ces processus peuvent être rapides, se chevaucher et s'influencer mutuellement. D.E.R.A. constitue donc un outil de compréhension et d'accompagnement, et non une description exhaustive de tous les mécanismes cérébraux.

Comprendre avant de chercher à changer

Imaginons que ton responsable te dise : « J'aimerais te parler demain. »

Tu peux immédiatement interpréter cette phrase comme l'annonce d'un reproche ou d'un problème professionnel.

Cette interprétation peut être influencée par une expérience passée, une croyance ou un biais cognitif.

Tu ressens alors de l'inquiétude. Ton rythme cardiaque peut augmenter, une tension musculaire peut apparaître et tu peux passer une partie de la soirée à imaginer différents scénarios.

Pourtant, ton responsable souhaite peut-être simplement te proposer un nouveau projet.

La méthode CAP® (Control Attitude Program) invite à explorer cette différence entre le fait et son interprétation.

Que t'a réellement dit ton responsable ? Qu'as-tu immédiatement imaginé ? Sur quelles informations t'appuies-tu ? Existe-t-il d'autres explications plausibles ?

L'objectif n'est pas de te convaincre que tout va bien ni de supprimer ton inquiétude.

Il s'agit de comprendre comment ton interprétation s'est construite, d'identifier les biais éventuels et d'examiner si une autre lecture de la situation serait plus adaptée aux informations disponibles.

Un homme parle avec une femme qui prend des notes en consultation, tandis que le livre Le Guide Thérapeutique : 100 Biais Cognitifs est posé sur la table.

C'est en travaillant sur les biais et les interprétations que la méthode CAP® cherche à favoriser une meilleure compréhension des émotions, des réactions physiologiques et des attitudes.

Les recherches scientifiques présentées dans cet article éclairent plusieurs mécanismes cognitifs et émotionnels mobilisés dans cette approche. Elles ne constituent cependant pas une validation expérimentale spécifique de la méthode CAP®.

Et si tu apprenais à questionner tes certitudes ?

Nos heuristiques et nos biais cognitifs font partie du fonctionnement ordinaire de notre pensée.

Les heuristiques permettent de simplifier certains raisonnements et de prendre des décisions plus rapidement. Les biais cognitifs peuvent, quant à eux, orienter nos jugements et nos interprétations, parfois à notre insu.

Le véritable enjeu n'est donc pas de chercher à supprimer tous nos raccourcis mentaux.

Il est d'apprendre à reconnaître leur influence, particulièrement lorsque nos interprétations provoquent des émotions difficiles ou orientent nos attitudes d'une manière qui ne nous convient plus.

La prochaine fois qu'une situation déclenchera une émotion intense, tu pourras commencer par une question toute simple :

« Est-ce que je réagis à ce qui s'est réellement passé, ou à ce que j'ai interprété de cette situation ? »

Cette question ne résout pas tout. Mais elle peut ouvrir une autre manière de comprendre ce que tu vis.

Et parfois, changer notre regard sur une situation permet aussi de changer notre manière d'y répondre.

Pour approfondir

Olivier Pairon, Le Guide Thérapeutique : 100 Biais Cognitifs.

Un ouvrage consacré à la compréhension des biais cognitifs et à leur influence sur nos perceptions, nos interprétations et nos comportements.

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Sources scientifiques

1. Raichle, M. E., & Gusnard, D. A. (2002). Appraising the Brain's Energy Budget. Proceedings of the National Academy of Sciences, 99(16), 10237–10239.

2. Gigerenzer, G., & Gaissmaier, W. (2011). Heuristic Decision Making. Annual Review of Psychology, 62, 451–482.

3. Tversky, A., & Kahneman, D. (1974). Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases. Science, 185(4157), 1124–1131.

4. Haselton, M. G., et al. (2009). Adaptive Rationality: An Evolutionary Perspective on Cognitive Bias. Social Cognition, 27(5), 733–763.

5. Nickerson, R. S. (1998). Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises. Review of General Psychology, 2(2), 175–220.

6. Lazarus, R. S. (1991). Progress on a Cognitive-Motivational-Relational Theory of Emotion. American Psychologist, 46(8), 819–834.

Olivier Pairon, auteur et créateur d’Ol1v1er

Olivier PAIRON

Psychopraticien · Hypnothérapeute · Auteur

Créateur de la méthode CAP® et d’Ol1v1er.

Entre 2002 et 2004, j’ai traversé un burn-out qui a profondément transformé mon parcours. Depuis, comprendre nos émotions, nos pensées et nos comportements est devenu une véritable passion.